D’interminables travaux - Laura Evans

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D’interminables travaux

D’interminables travaux - Laura Evans

S’il y a bien quelque chose dont je me souviendrai toujours, c’est certainement le jour où mes parents ont fait poser un système de drainage tout autour de la maison. Les ouvriers étaient censés le faire en une seule journée. Mais dans les faits, cela dura trois semaines. Le jardin était devenu un chantier de bataille, avec plein de monticules de terres parsemées ci et là. L’intérieur n’était pas mieux. À la moindre petite pluie, nous pataugions presque dans la gadoue. Il avait fallu mettre des planches presque partout entre la porte d’entrée et la grille, pour être sûr de pouvoir rentrer ou sortir de la maison, sans risquer de se noyer dans un trou boueux. Ce qu’il y avait de pire, c’était les weekends de pluie. Nous passions des heures à écouter l’eau couler. Il y avait plein d’eau dans toute la tranchée, tout autour de la maison. Ce qui l’avait rendue encore beaucoup plus humide. Je redoutais particulièrement les infiltrations d’eau à venir, visibles seulement sur le tard. De la première minute où ils avaient mis les pieds à l’intérieur de la maison, jusqu’à la dernière, nous avons tremblé à chaque instant, en estimant que le pire était à venir à chaque fois. Cela n’était pas vraiment faux, vu l’état du chantier.

Ils avaient commencé par faire un trou de 2 mètres de long, et d’un mètre de profondeur, sur le côté de la maison. Le lendemain, ils n’étaient pas venus, sous prétexte d’un chantier qu’ils avaient à terminer en urgence. Le surlendemain, ils continuaient à trouer autour de la maison, sans finir le tour. Il leur avait fallu en tout, quatre jours, pour simplement trouer autour de la maison. Le weekend, ils ne venaient pas, nous laissant patauger dans la boue. La semaine suivante, ils avaient oublié de ramener avec eux le gravier. Nous attendions deux jours pour voir les premiers graviers. Ensuite, il y eut trois jours de pluie. Ces hommes avaient peur de se mouiller le bout du nez. Nous restions, ces jours-là, à surveiller tous les suintements des murs. Quand tous les gros tuyaux furent disposés tout autour de la maison, il s’avérait qu’il n’y avait pas assez de gravier pour les recouvrir. Nous attendions encore deux jours pour cela. Par la suite, c’est le système de drainage qui posait problème. Il y avait un problème avec le déversement de l’eau vers l’égout. Il avait fallu recreuser sur une partie de la maison pour trouver le branchement, et faire en sorte que l’eau s’évacue directement. Jamais travaux n’avaient été aussi pénibles à supporter. Quand un des ouvriers osa demander à mon père une avance parce qu’il allait travailler quelques jours de plus, nous étions deux à le retenir pour éviter un massacre. Il avait fallu une histoire comme celle-ci pour que mes parents vendent la maison dans l’année.